Le Carême, temps du désert
Si Jésus est tenté au désert, il faut nous attendre à l'être nous aussi, et ne pas nous révolter contre la tentation, car nous ne sommes pas au-dessus du Maître. Nos tentations à nous, moines en Norvège, sont, sans doute, à quelques particularités près, celles des autres: tentation du découragement devant des tâches qui paraissent trop lourdes, tentation du retour en arrière comme les Hébreux au désert pour ne pas rester en ce lieu où il n'y a rien d'intéressant, tentation de la facilité en comblant nos besoins immédiats sans attendre, de nous reposer, de nous distraire: << ordonne à ces pierres de se changer en pain >>.
La netteté des réponses de Jésus nous confond, elles touchent immédiatement leur but et défont l'adversaire. Le tentateur en est presque ridicule, tant ses pièges face à la supériorité de Jésus semblent grossiers. Où est donc le secret de Jésus? Nous aimerions le connaître, pour comme lui, résister avec aisance à la tentation; Jésus est porteur d'une vérité qui l'habite tout entier, dans l'obéissance à son Père, et qui le conduira jusqu'à la croix, à l'Heure où le tentateur reviendra et où le combat sera plus dur. Rien ne peut le détourner de cette vérité, son coeur, sa conscience, ne sont pas divisés mais unifiés. La tentation est alors comme une flèche qui se brise sur un roc. Notre propos chrétien de suivre le Christ, doit retrouver en ce temps de carême cette pureté, alors la tentation se désintègre d'elle-même.
La réponse est belle, sans doute, mais nous ne sommes pas Jésus, et notre coeur reste divisé et faible. Dans notre situation monastique où nous suivons Jésus dans le désert du Nord, nous sommes confrontés à ce paradoxe : le désert est le lieu où la tentation est la plus virulente, nous y sommes à découvert, comme dans cette bise glaciale qui souffle en ce moment. Celui qui part au désert s'expose car il n'a pas les replis possibles où éviter le combat. Mais en même temps le désert est le lieu où la manne est donnée gratuitement par Dieu comme la nourriture suffisante pour que celui qui est démuni puisse ne pas défaillir et continuer à marcher. Cette nourriture, c'est essentiellement la Parole de Dieu. Elle ravive notre foi en nous redonnant confiance, car elle témoigne que Dieu n'abandonne pas son peuple. Elle ravive notre amour en nous rappelant la générosité surabondante de notre Dieu. Seigneur de quoi aurions-nous peur? Car c'est toi qui es le Fort avec nous dans le combat au désert, et il nous est bon d'être ainsi à découvert car nous n'avons pas d'autre rocher que toi pour nous abriter.
Le désert du Nord
Icône des saints fondateurs de Cîteaux
